Chambre

Question de Mme Julie Fernandez Fernandez au premier ministre sur : Le décès d'une fillette de 2 ans sur l'E42

Monsieur le président, monsieur le premier ministre,

Vous l'avez dit sur les plateaux ce week-end, le drame qui s'est déroulé à Maisières la semaine dernière demande de la dignité et, en cela, nous partageons votre avis. Ce drame demande aussi du sang-froid ainsi que du sérieux, par respect pour la petite Mawda d'abord, mais aussi pour la souffrance de ses parents et de son frère, famille à laquelle nous pensons aujourd'hui.

La dignité, c'est de s'assurer que les circonstances de ce décès soient éclaircies et que les responsabilités, en ce compris politiques, soient établies.

Nous entendons bien que les enquêtes sont en cours et qu'elles doivent se poursuivre sans pression. Nous sommes également de cet avis mais sans pression ne veut pas dire pour autant sans urgence. Il est donc essentiel de connaître au plus vite la vérité sur ce drame. Nous comptons sur vous pour nous assurer que ces enquêtes seront réalisées en toute impartialité et en toute transparence.

Pour autant, il n'est pas inutile de vous poser ici une série de questions qui doivent, aujourd'hui, trouver des réponses. J'espère que vous nous les apporterez.

  • La course poursuite a commencé en province de Namur pour trouver son dénouement tragique à Maisières dans le Hainaut. Quelles sont les unités impliquées? Quels étaient les effectifs disponibles au moment des faits? Quelles étaient les informations à disposition des policiers impliqués dans l'opération quant au véhicule à intercepter, quant à la nature de son activité ainsi que sur les passagers à l'intérieur du véhicule?

  • Les informations diffusées par le parquet ont considérablement évolué au cours des premières 48 heures. Quelles en sont les raisons? Ensuite, en ce qui concerne l'arrivée des secours, les presses nationale et internationale évoquent un délai de quelque 40 à 45 minutes avant l'arrivée d'une ambulance, ce que semble confirmer le témoignage des parents.

  • Pouvez-vous nous le confirmer? Le cas échéant, pouvez-vous nous donner les raisons de ce délai? À quel moment les services d'urgence ont-ils été appelés? Combien de temps leur a-t-il fallu pour se rendre sur place ?

  • Nous avons été particulièrement bouleversés lorsque nous avons appris que la petite fille serait morte seule dans l'ambulance, sa maman n'ayant pas pu l'accompagner car elle était menottée. Pire encore, il semblerait que les parents n'aient été informés du décès de leur enfant que le lendemain puisqu'ils étaient emprisonnés et ce, séparément. Pouvez-vous nous confirmer ou nous infirmer ces informations?

  • La dignité, dans une telle tragédie, concerne aussi la façon dont on traite les victimes, qu'il convient d'ailleurs de ne pas traiter en coupables. Á cet égard, il nous revient que le CPAS de La Louvière prendra à sa charge les frais d'inhumation de la petite Mawda. Quelles sont les initiatives prises par le gouvernement fédéral dans ce domaine? Quelles sont les mesures de soutien et d'encadrement psychologique déployées en faveur des parents de la victime, de son frère de 4 ans et des autres occupants du véhicule? Quelles sont les mesures qui ont été prises à l'égard de cette trentaine de personnes?
  • La presse signale que tous, en ce compris les parents de Mawda, se sont vus signifier un ordre de quitter le territoire. Je tiens à souligner, ici, le caractère presque inhumain de la rapidité d'une telle décision envers – je le rappelle – des victimes. Confirmez-vous cette information? Pour les besoins de l'enquête, ne serait-il pas, au contraire, utile de s'assurer de leur présence sur le territoire afin qu'ils puissent y apporter leur contribution?

  • Les procédures en vigueur prévoient que les victimes de trafiquants d'êtres humains bénéficient d'une protection particulière lorsqu'elles collaborent avec la justice dans le cadre du démantèlement de réseaux. Cette possibilité a-t-elle été exposée aux occupants du véhicule par le biais d'un interprète parlant leur langue? Si oui, quelle a été leur réponse à l'offre qui leur a été faite?


Réplique

Monsieur le premier ministre, je vous remercie bien évidemment de vos réponses. Je comprends que vous n'ayez pu répondre à toutes nos questions, mais vous ne nous en voudrez pas de vous les avoir posées, car elles devaient l'être.

Se pose, bien entendu, la question de la responsabilité politique. Comme vous, je considère qu'il convient d'attendre qu'elle ait été déterminée à l'issue des enquêtes qui ont été ouvertes et que nous souhaitons impartiales, transparentes et indépendantes. À ce stade, et parce que j'ai confiance dans les institutions de mon pays, j'en attendrai les conclusions.

Naturellement, il ne devra subsister aucun doute ni aucune question. C'est le prix de la dignité dont vous parliez ce week-end. J'apprécie que vous restiez à la disposition du Parlement pour, si nécessaire, revenir devant lui.

À côté de cet aspect, monsieur le premier ministre, il reste la question de la conscience politique qui doit animer toutes les femmes et tous les hommes politiques à chaque niveau de pouvoir et qui doit nous guider dans nos choix et nos actions. Je pense en particulier aux membres du gouvernement.

Je suis quelque peu inquiète quant à la fermeté de cette conscience politique après avoir entendu certaines déclarations, notamment, de M. Jambon. En effet, avant même le début de l'enquête dont on nous demande d'attendre les conclusions, ce dernier avait déjà ciblé certaines responsabilités. Des membres de votre parti ont agi de même sur les plateaux de télévision durant ce week-end. Toujours est-il que cette conscience politique doit animer les membres de votre gouvernement, car – comme vient de le dire mon collègue – nous vivons dans un climat délétère et très particulier sur le plan de l'asile et de la migration. Je ne reviendrai pas sur les déclarations, tweets et vidéos de certains. Ce n'est pas le lieu d'en parler aujourd'hui.

Cette conscience politique, monsieur le premier ministre, doit surtout se traduire par des actes, car des victimes se trouvaient dans la camionnette. Ainsi que je l'ai rappelé en séance plénière jeudi dernier, les premières victimes dans les affaires d'asile et de migration sont les enfants. Le décès de la petite Mawda nous en a apporté la triste preuve.

Nous devons donc traduire cette conscience politique par des actes. Le premier d'entre eux doit consister à supprimer les ordres de quitter le territoire pour tous les passagers de cette camionnette. La première raison est qu'il s'agit de victimes et la seconde qu'ils sont les témoins d'une enquête en cours, que vous souhaitez la plus transparente et impartiale possible.

Un deuxième acte doit être la mise en place d'un accompagnement psychologique pour la famille de Mawda, à savoir ses parents et son petit frère. Certes, vous avez dit que vous ne vouliez pas présenter, ici, toutes les actions entreprises par le gouvernement, mais je me dois de vous redemander cette mesure.

J'entends que vous recherchez des solutions. Je pense que la conscience politique doit être essentielle à la recherche de ces solutions, notamment au travers du pouvoir discrétionnaire dont dispose votre secrétaire d'État pour octroyer un titre de séjour, entre autres pour raisons humanitaires, à la famille de Mawda, afin qu'elle puisse séjourner légalement sur le territoire de la commune où leur petite fille sera enterrée.

Enfin, je pense que cette conscience politique doit aller au-delà des tristes faits que nous vivons ces derniers jours et vous pousser, vous et votre gouvernement, à vous remettre en question par rapport aux décisions qui ont été prises, voici quelques jours, sur le sort réservé aux enfants réfugiés, accompagnés ou non.



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La Chambre des Représentants,
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Bruxelles, mercredi 22 mai 2018.

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